Notre Judaïsme
Le Chabath : une valeur universelle.
Par Shmuel Engelmayer du Kibboutz Sasa


 
Le texte suivant est un extrait de la note destinée aux “ madrikhim ” (animateurs) de l’Hachomer Hatzaïr durant un camp de vacances de l’été 1996 organisé par cette dernière. Cette note fut rédigée par Shmouel Engelmayer, alors “ shaliakh ” (directeur envoyé d’Israël) pour l’Europe de l’Hachomer Hatzaïr.
Au-delà des circonstances bien précises qui ont produit ce texte, il semble ici complètement à-propos pour inaugurer la rubrique “ Notre Judaïsme ”, où il s’agira d’exprimer notre idée propre de cette réalité: le judaïsme, qu’est-ce que cela signifie à nos yeux qu’être juif aujourd’hui.

 [ la note s’intitule Quelques idées pour fêter Chabath au Makhané,
nous publions à ce jour la première partie qui rappelle la Valeur du Chabath ]
 “ L’institution du Chabath, qui a révolutionné l’humanité, il y a 4000 ans, est l’une des trouvailles les plus importantes de la civilisation juive et universelle, sur le plan moral. Elle est historiquement la toute première affirmation d’un humanisme intransigeant.
Pour enraciner dans le peuple ce comportement révolutionnaire, les Prêtres et les Prophètes d’Israël se sont appuyés, comme toutes les civilisations antiques, sur un mythe divin : celui d’une Création du monde par Dieu en 7 jours. Ils ont utilisé la méthode répandue dans toutes les mentalités religieuses : “ l’imitation de Dieu ”.
A l’image de Dieu, dans le mythe de la Création, l’Homme juif va pratiquer une RUPTURE, le 7ème jour, dans le rythme du travail nécessaire à sa subsistance. La racine du mot CHABATH, en hébreu, ne signifie pas “ repos ” mais CESSATION : le mot GREVE a la même racine hébraïque. Cette rupture est absolument indispensable (et géniale!) pour que l’Homme puisse “se récupérer” en tant qu’Homme, ne pas se faire “bouffer” par son travail, ne pas en devenir esclave, ne pas se transformer en robot, bref sauvegarder sa dignité d’Homme, sa liberté d’Homme, une certaine élévation au-dessus du quotidien, du trivial, un peu de “ sainteté ” en langage religieux.

Imaginez le danger que représenterait à cet égard, une vie de travail sans Chabath, une suite infinie et monotone de jours semblables, de travail, sans cesse, sans rupture, et vous saisirez facilement la puissance de cette idée révolutionnaire!
Et n’oubliez pas : le commandement du Chabath concerne l’Homme et la Femme et les serviteurs et “ l’étranger qui vit dans tes murs ”.  Quelle révolution sociale il y a 4000 ans! L’esclave aussi a quelque chose de l’étincelle divine, c’est un Homme, donc il a droit à son Chabath, ce n’est pas une bête de somme, ni un robot, c’est une personne humaine! Et cela, à une époque où la plupart des civilisations antiques pratiquaient non seulement l’esclavage mais aussi les sacrifices humains!
Résumons-nous: le but essentiel du Chabath , sa valeur principale, c’est de donner à tout Homme la possibilité de sortir un peu des obligations quotidiennes, de prendre le temps de voir où il en est, de prendre conscience de sa vie, de reprendre “ figure humaine ” .

Nos ancêtres avaient besoin de fonder cet humanisme sur la crainte de Dieu. Nous, à l’aube du 21ème siècle, nous adoptons certaines des idées de cet héritage grandiose, après les avoir examiné et en utilisant notre raisonnement humain, librement. Parce qu’aujourd’hui nous sommes des Juifs libres. Et tolérants.
De nos ancêtres, nous avons reçu et accepté le message que l’Homme a quelque chose de sacré, qu’on ne doit sacrifier à rien sa dignité, sa liberté.

Mais nous, nous pensons que ce sont des hommes qui ont eu l’idée du Chabath, qui ont conçu le mythe de la Création, et écrit la Bible, à diverses époques. Nous pensons que les valeurs sont définies par les hommes, que c’est l’Homme le centre de l’univers et “ la mesure de toutes choses ”.  Nous croyons que l’Homme est libre et souverain. Et qu’il doit rechercher pour tous les hommes un maximum de justice, de liberté et de solidarité, dans le respect des différences.
En cela, humanistes modernes, [...] nous sommes d’authentiques héritiers de notre grande civilisation, dont le but principal à toujours été l’amélioration du monde et des hommes: “ Tikoun Olam ”.

Quant aux Juifs religieux orthodoxes, ils ont souvent perdu de vue l’essentiel du message humaniste juif.  Ils ont multiplié autour de ce message des interdits et des règles compliquées, comme autant de coquilles protectrices contre les dangers d’un trop long Exil.  Finalement, à leurs yeux, la coquille est devenue plus importante que la graine (le message des valeurs) qu’elle était censée protéger.  Voyez ce qu’ils ont fait d’un beau principe écologique de la Bible : “ Tu ne feras pas cuire le chevreau dans le lait de sa mère ”, et à quel point de complexité incompréhensible ils ont amené la cacherouth! [Ndlr: règles de la nourriture casher]  Et quelle intolérance: gare à qui n’accepte pas toutes leurs barrières de protection!  Au point qu’on finirait par en oublier l’essentiel, la graine, le cœur du message: les VALEURS.
Nous voulons, nous, revenir aux valeurs, aux messages essentiels de la civilisation juive, et en cultiver la graine.

[ Ici commence la 2ème partie de la note qui pose la question:
 Comment symboliser et vivre les valeurs du Chabath?  ]
Maintenant que nous avons une idée des valeurs du Chabath, se pose la question : comment les symboliser et les vivre COLLECTIVEMENT  dans le cadre d’un Makhané [...] ?   [Ndlr: camp de vacances]
Tout d’abord, prendre conscience que c’est à NOUS de chercher, d’innover, selon nos sensibilités, puis de mettre en commerce nos idées - comme l’ont fait nos ancêtres avec audace, en s’adaptant sans cesse à leur époque.
Mais sûrement PAS en IMITANT tel ou tel rite qui ne correspond plus à NOTRE conception du monde et ne véhicule pas les valeurs essentielles du Chabath, à nos yeux. [...]  ”

(La typographie est celle du texte original)