Israël - Gros plan Moyen-orient
Le grand bond en avant pour la paix ?
Tout chaud …
Nazareth : mosquée ou basilique


 
Après un gel de trois ans et demi dans les négociations de paix entre Israël et la Syrie, Ehud Barak, Premier Ministre israélien, et Farouk al-Chared, Ministre des Affaires Etrangères syrien, ont repris les discussions le jeudi 16 décembre 1999. Cette négociation officielle,  connue de par le monde, n’est ni pour l’un, ni pour l’autre une première. En effet, Farouk al-Chared avait rivalisé d’intransigeance avec Yitzh’ak Shamir lors de la conférence de Madrid en 1991 (selon Libération, 15/12/99) et pour Ehud Barak ce fut en 1995 des pourparlers, alors qu’il était chef d’état major, avec son homologue syrien Hikmat Shihabi. Mais jamais ces discussions ne se firent à un tel niveau.

Ehud Barak réclame la normalisation des rapports, ce qui signifie l’échange d’ambassadeurs et la liberté de circuler pour les personnes et les biens, le maintien total du lac de Tibériade sur l’Etat d’Israël ( un tiers des ressources en eau), la démilitarisation des territoires restitués et la mise en place d’une station d’alerte qui devrait être confiée aux Américains. Si Ehud Barak pose ses conditions, il semblerait en échange, prêt à rendre l’ensemble du Golan, moyennant quelques aménagements. (ibid.)

D’ailleurs d’après une source israélienne : un calendrier, les conditions du retrait et les mesures de sécurité pour garantir la paix aux deux pays et marquer une étape vers la paix dans toute la région ont été au centre du débat de ce jeudi 16 déc. 1999.
A l’issue de ces discussions, Ehud Barak a confié en privé à un autre délégué israélien : cela va être difficile, mais nous sommes sur la bonne voie.

Si le débat à repris, la route est encore longue et notamment en Israël où  la contestation reste encore très vive dans la rue et à la Knesset. En effet, d’un côté, sept membres de la majorité sont tombés dans l’opposition sur cette question et le vote du lundi 13 décembre n’a donné à Barak que 47 voix pour et 31 contre sur sa politique générale consacrée à la Syrie, ce qui est encore loin des 61 voix nécessaires. De l’autre, certains colons sont aux aguets de la moindre relance du processus de paix et sont toujours prêts à repartir à l’attaque, même si aujourd’hui ils ne savent plus à qui se fier : lors des dernières élections ils votèrent à 56% pour Barak pensant de toutes les façons que Netanyahou les abandonnerait. J’ai donné ma voix à Barak par rejet personnel de Netanyahou qui de toute façon nous aurait aussi lâchés, nous dit  Seguev Yehovam ex-directeur des vignobles du Golan. Misant par ailleurs sur l’intransigeance du président syrien : nous avions confiance dans Assad  confie une femme à la fin d’un meeting contre le départ israélien.

Ce qui est aujourd’hui certain, c’est que nous assistons à un nouveau départ pour tenter de parvenir à une paix globale au Proche Orient. Cependant, l’histoire ne fait que commencer : le prochain volet s’ouvrira à Washington le 3 janvier 2000.



Tout chaud …

Nous est parvenu cette semaine l’article  suivant (de l’Associated Press, écrit par Jack Katzenell) qui a suscité notre intérêt à ce moment-charnière pour la paix.  Il nous a donc paru important de nous en faire l’écho.
Netanyahou était disposé à     rendre le Golan,                         révèle un document

Sur fond de reprise des négociations israélo-syriennes, un document publié mercredi par un quotidien israélien montre que l'ancien Premier ministre Benyamin Netanyahou, pourtant considéré comme un « dur » , envisageait de rendre le plateau du Golan en éc ange de la paix avec Damas.
L'information du Yediot Ahronot risque d'embarrasser le Likoud (droite), principal parti d'opposition dirigé il y a peu encore par M. Netanyahou, qui tente de mobiliser l'opinion israélienne contre tout retrait du Golan. L'ancien chef du gouvernement n'a pas nié l'existence du document, mais a affirmé n'avoir jamais eu l'intention de rendre la totalité du plateau, occupé lors de la guerre des Six-Jours en 1967 et annexé en 1981.
Le document a été soumis au président syrien Hafez el-Assad en août 1998 par le magnat américain des cosmétiques et ami de M. Netanyahou, Ron Lauder, selon le Yediot Ahronot. L'article 2 du texte affirme: Israël se retirera des terres syriennes prises en 1967 en accord avec les résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité (...) et la formule de la 'terre contre la paix', jusqu'à la frontière communément reconnue basée sur la ligne internationale de 1923.
M. Netanyahou a fait valoir que la frontière de 1923 n'était pas celle d'avant 1967, revendiquée par la Syrie. Fixée par un accord entre la Grande-Bretagne et la France après la Première Guerre Mondiale, elle s'étend à quelques kilomètres à l'est de la ligne de démarcation de 1967. L'ex-Premier ministre affirme également avoir insisté lors de contacts indirects avec la Syrie sur le maintien sous le contrôle d'Israël des sources du Jourdain, situées dans la partie basse du plateau .
L'existence du document a été divulguée pour la première fois en début de semaine, lorsque le ministre chargé de Jérusalem, Haim Ramon, a déclaré dans un discours à la Knesset que Benyamin Netanyahou était favorable à de larges concessions territoriales.
Le Likoud accuse l'actuel Premier ministre, le travailliste Ehoud Barak, de céder à la Syrie et de compromettre la sécurité de l’Etat hébreu. M. Barak a indiqué que le prix de la paix avec Damas serait élevé. Les observateurs estiment qu'il est prêt à restituer la plus grande partie du Golan ou sa totalité en échange d'un traité assorti de garanties en matière de sécurité.
Le leader du Likoud Ariel Sharon dit avoir appris l'existence des missions de M. Lauder en Syrie à l'automne 1998, juste avant d'être nommé ministre des Affaires étrangères par M. Netanyahou. J'ai exprimé mon point de vue. Les voyages à Damas ont été stoppés, a-t-il déclaré à la radio israélienne.
 



Nazareth : mosquée ou basilique

 
A  Nazareth, le feu de la discorde s’est ravivé entre chrétiens et islamistes. Pour comprendre l’enjeu de la querelle, rappelons les faits :

L’édifice actuel, surmonté d’une tour-clocher imposante, a été construit entre 1960 et 1966, sur l’emplacement d’églises plus anciennes, et surplombe la grotte où, selon la tradition chrétienne, l’archange Gabriel a annoncé à Marie qu’elle allait enfanter. […] Le site en question, en contrebas de la basilique, forme une esplanade, d’une superficie de deux mille mètres carrés environ. […] Autrefois il y avait une école musulmane. Ramiz Djezaïri, le maire chrétien, l’avait fait transférer dans de nouveaux locaux et projetait d’aménager sur l’emplacement ainsi libéré un parvis […], afin d’accueillir les dizaines de milliers de pélerins attendus pour l’an 2000. Mais pendant les excavations, on a mis à jour la tombe de Chehab-ed-Dine. (Neveu de Saladin, le conquérant d’origine kurde qui au XIIème siècle, a repris Jérusalem aux croisés.). Dès lors tout a basculé. Les islamistes locaux ont donc exigé la construction d’une mosquée.     (Valeurs Actuelles, 4/12/99)
 
Aujourd’hui, dans cette ville où cohabitent musulmans (65%) et chrétiens (35%), où mosquée et églises se côtoient, l’Etat d’Israël a pris la décision ministérielle d’autoriser la construction de la mosquée.  Cette décision, ayant pris effet dès le 23 novembre dernier, pose des conditions destinées à établir le compromis.
Elles sont de ce fait l’expression d’une volonté de satisfaire au mieux chacun des 2 partis, autant sur un plan matériel que symbolique : la mosquée sera construite dès 2001 sur une surface nettement délimitée (700m²), une équipe d’experts internationaux (éternels arbitres) sera quant à elle chargée des plans afin que soit respecté le contexte architectural de la ville. Pour marquer les esprits, le jour même de la mise en vigueur de la décision gouvernementale, la 1ère pierre de l’édifice était posée le 23 novembre 1999. Et, selon le souhait des autorités religieuses chrétiennes, un poste de police sera bien placé à proximité de l’esplanade de 1350m² à construire, qui jouxtera l’église, la séparant ainsi de la mosquée, elle-même séparée de l’esplanade par une clôture ( ! ).
 
Le tout ne témoigne-t-il pas d’une tolérance hypocrite :  “ nous vivons ensemble, mais restons chacun de notre côté ” ?
Ce n’est pas le judaïsme qui est alors pris “ entre deux feux ”, comme l’affirment nombre de journaux.  Il s’agit bien d’un problème typiquement israélien : juifs, musulmans et chrétiens, qui sont tous israéliens, doivent apprendre à exister ensemble et non à littéralement “ co-exister ”, exister-à-côté, dans un même pays, Israël, régi par des lois et des instances démocratiques , non pas gouverné par la  bonne volonté des Juifs.

C’est ce qui doit être le visage du prochain millénaire : une paix extérieure et intérieure.