Israël autrement
Méa Shéarim--Israël : une frontière difficile à franchir
Par : Sarah C.-T.

Sacrilège pour certains, acte de la vie quotidienne pour d’autres … pour le jeune Noam, alors habitant de Méa Shéarim, quartier ultra-orthodoxe de Jérusalem , c’était un acte de rébellion. A 16 ans, ce fils de l’extrême-orthodoxie juive Toldoth Aron, attendit que sa famille ait quitté la maison pour l’office du shabat à la synagogue du quartier, pour fermer tous les stores et s’acharner à jouer nerveusement de l’interrupteur électrique.

Noam s’attaquait là pour la première fois à cette frontière entre son quartier et la vie austère et ascétique qui l’habite, et le reste du pays. Chez lui, télévision, radios et journaux laïcs étaient strictement interdits. Bien que Noam nourri de culpabilité se soit confessé une semaine plus tard (le rabbin m’a dit que si je continuais à pécher, j’attraperais le cancer), il continua comme il le faisait depuis quelques temps, à épier des journaux laïcs, écouter la radio le soir sous ses couvertures, et même occasionnellement rapporter à la maison, sous son talit, un exemplaire de Play-Boy.

Le moment décisif pour Noam suivit le mariage organisé pour lui par ses parents à l’occasion de ses  18 ans, avec une fille qu’il avait vue une fois pendant 10 minutes. Installé avec elle dans un petit appartement de Méa Shéarim, Noam se sentait de plus en plus oppressé par sa “ double vie ”. Le matin, prétextant la synagogue, il errait des heures dans les autres quartiers de Jérusalem et dans ce monde laïc qu’il allait rejoindre cinq mois plus tard.

Noam fait en effet partie des centaines de Juifs ultras qui ont décidé de s’éloigner de la communauté Harédi durant ces dernières années, pour arriver tête (rasée) la première dans un monde auquel ils ne sont pas préparés. A 26 ans, Noam confesse : même maintenant, je me sens comme un immigrant qui essaye d’apprendre une nouvelle culture.

Depuis  huit ans, l’association Hillel et son directeur Ami Dolev ont ainsi aidé un nombre croissant de  Noam  à s’intégrer au monde séculier (cette année, le nombre de leurs clients a doublé pour atteindre 237). C’est grâce à eux que Noam (sous un faux nom dans les premiers temps) a pu trouver un refuge, puis une famille adoptive dans un kibboutz du Néguev. Mais les relations entre l’association et les communautés d’origine de ses clients sont bien tendues ; par exemple, Hillel a découvert que cette année ses deux bureaux de Jérusalem et de Tel-Aviv avaient été mis sur écoute.

Pourtant l’association Hillel va dans le sens de la nouvelle politique adoptée à cet égard par le gouvernement israélien qui a décidé pour la première fois d’assister ces personnes qui décident de quitter le monde ultra-religieux. Le ministre de l’Education Yossi Sarid n’a pas encore précisé combien d’argent serait consacré à ce projet, mais seulement que les fonds seraient confiés à Hillel.
De nombreux intellectuels israéliens considèrent depuis longtemps que lorsque l’Etat juif aura accompli la paix en dehors de ses frontières avec ses voisins arabes, l’attention se tournera naturellement vers les conflits qui déchirent le pays de l’intérieur, au premier rang desquels celui auquel Noam a dû faire face.

Tandis que le gouvernement Barak prévoit d’arriver à un accord final avec les Palestiniens dans l’année à venir, de nouveaux problèmes et des enjeux non moins importants se profilent à l’horizon.